03 / 11 / 2001

Salut,

Après quelques semaines d'absence, nous revoici pour vous conter nos aventures au Laos.

Octobre 2001, à 5 (plus un bébé), nous décidons d'aller faire un petit tour au Laos.

Première étape, sur Bangkok : les visas. Comme tout change très vite dans ce pays, l'adresse ne correspond plus avec le nom des rues ni avec le plan, bien entendu. Au bout d'une heure à tourner en rond, nous arrivons enfin à l'ambassade du Laos. Niveau sécurité, c'est le top : bien que l'un d'entre nous sonne au passage du détecteur de métal, le gardien nous fait signe de passer, levant à peine la tête de sa sieste. Nous remplissons les papiers, avec signatures, et le fait que nous ne soyons que 4 pour 6 formulaires remplis et signés sur place ne pose aucun problème : on paye, donc on peut rentrer au Laos.

Seconde étape : le trajet Bangkok-Luang  Prabang. Au Laos, les bagages ne suivent pas leurs propriétaires lors des changements de vol, donc il faut récupérer nos sacs à Vientiane et les ré-enregistrer ensuite. Le problème, c'est que l'on n'a que 50 minutes entre les vols, la douane à passer (heureusement, on a les visas : il y a au moins 50 personnes qui font la queue pour le leur à Vientiane), les taxes d'aéroport à payer dans une monnaie dont on n'a aucun billet, et que notre avion a déjà du retard.

De justesse et en courant, nous arrivons à attraper notre second vol dans la partie "domestique" de l'aéroport de Vientiane, qui a tout du hangar et rien d'un aéroport. L'avion est assez rustique : les bagages maintenus au fond par un filet, pas de réacteur mais des hélices, une glacière pour conserver l'éternel casse-croûte servis dans les avions, et des sièges qui doivent dater de l'époque Louis XVI. 

On se demande encore comment, mais nous arrivons à Luang Prabang où la première chose que nous faisons est de nous retrouver millionnaires (quel plaisir !) avec surprise : notre guide datait de 1998, et entre-temps, la monnaie est passée de 170 à 1220 kips pour 1 franc.

Luang Prabang

C'est une petite ville très agréable, calme et tranquille, où l'on trouve du pain et de merveilleux steak-frites, et un club de pétanque. Accessoirement; on peut aussi y profiter des marchés, des nombreux temples, du Mékong, des grottes, et des villages et routes de montagne environnants.

Ensuite, nous sommes partis pour Vientiane. Notre désir était de nous y rendre par bateau, en descendant le Mékong. Après renseignements pris, il y avait pour cela trois possibilités : demander à un bateau de marchandises (4 à 5 jours de voyage : on arrivait pour prendre notre avion de retour. Prendre un bateau de transport de passagers, théoriquement 2 jours de voyage, mais il ne repart à chaque étape qu'une fois plein, ce qui peut prendre un certain temps. Louer un "speed-boat", très rapide : 8 heures de trajets, mais le bruit d'un marteau piqueur, un casque obligatoire tout le long, et une sécurité toute relative.

Nous avons donc choisi de voyager en bus. (10 heures de route pour 390 km.) Nous n'avons pas regretté : la route est splendide les huit premières heures, et nous a vraiment donné envie de retourner au Laos se faire les petites villes et petites routes. Seuls petits inconvénients : le bus étant plein, nous avons voyagé sur des tabourets en plastiques pas stables du tout posés dans l'allée centrale du bus, la moitié des gens autour de nous crachaient par terre, et surtout, certains ont été malades tout le long. C'était quand même sympa. Les deux petits vieux à notre droite avaient l'air de sortir de leur bled pour la première fois de leur vie et s'émerveillaient à la vue du moindre petit pas vers la modernité : béton, goudron et autre banalité : très émouvant !

Vientiane est une ville très agréable : petit format, ville verte, campagne très proche, Mékong, et nombre de magnifiques maisons abandonnées qui donnent envie d'acheter, de retaper et de s'installer. Dans quelques années, si la situation politique reste stable, elles vaudront une fortune. Moi, j'ai déjà choisi la mienne : dans le centre, avec un grand terrain en herbe arboré, style colonial avec dépendances... Là-bas aussi, visite des temples et monuments, promenades sur les berges du Mékong, visite d'une "usine" de sel, balade à moto dans la campagne environnante, aperçu de la politique ouverte du pays...

Bon, allez, je vous détaille les deux derniers points.

La moto :

Nous partons un matin chevauchant tous les deux un bolide (Honda dream, 100 cm3) conduit par Ramsès, souhaitant atteindre un parc de statues en longeant les bords du Mékong. Distance : 26 km. Début de promenade sublime : champs et rizières, Mékong et villages, jusqu'au moment où la moto s'arrête, juste à côté d'un temple où des appels au micro infernaux commencent : Ramsès me fait le coup de la panne. (d'essence !) Heureusement, un fort sympathique laotien vient nous aider et nous propose d'emmener Ramsès en moto jusqu'à la première station service. Nous sommes donc l'attraction du village durant une demie-heure, et il y a de quoi : 2 blancs en panne dans le village, ça ne doit pas arriver tous les jours ! Nous ne sommes qu'à 17 km de Vientiane, et nous repartons tranquillement sur notre piste. Malheureusement, la piste se transforme petit à petit en champs de gadoue : 30 cm de boue rouge recouvre le sol, la moto dérape, cale, plus moyen de la faire redémarrer, nous manquons de tomber 8 fois, des laos arrivent à la redémarrer à l'aide d'un caillou, on retombe en panne quelques centaines de mètres plus loin... Le merdier, quoi ! Enfin sorti de notre terrain de boue, la piste reprend vaguement forme. Le problème; c'est que la moto ne veut plus dépasser le 10 km/h. Heureusement, nous ne sommes pas pressés et atteignons doucement notre destination. Le parc est très agréable, excepté le serpent qui nous y attend, et qu'un gamin de 8 ans chassera à coups de bâton devant 5 minettes hurlant de trouille. Nous sommes non seulement blancs de peau, mais aussi recouverts d'une épaisse couche de boue jusqu'aux genoux, ce qui fait que nous ne passons pas inaperçu. Donc tous les étudiants nous arrêtent pour que l'on discute avec eux. C'est fort sympathique, sauf qu'au bout d'une heure, on n'a toujours pas atteint la première statue. On en envoie donc gentiment balader quelques uns pour visiter le parc, construit par un taré genre le facteur Cheval, qui voulait rassembler le bouddhisme et l'hindouisme. Très étonnant ! Nous repartons ensuite, toujours à 10km/h, jusqu'au pont de l'amitié, pont sans aucun style construit par les Australiens sur le Mékong, et qui relie donc la Thaïlande et le Laos. Enfin, nous croisons un espèce d'atelier ressemblant à un garage. Nous nous arrêtons, et avec notre lao parfait, nous expliquons notre problème de moteur.

Age moyen des "garagistes" : 13 ans. Nombre des "garagistes" : 8. Matériel des "garagistes" : un marteau, un burin, un compresseur, une bassine d'eau, un semblant de fer à souder, des chiffons, des élastiques, des morceaux de pneus et de métal, un tourne-vis. Heureusement, un adulte supervise le tout. On le voit ensuite démonter entièrement notre pot d'échappement, puis l'ouvrir sur toute sa longueur au marteau et au burin. La, quand même, on commence à paniquer. D'abord parce que la moto, on aimerait bien la rendre au loueur, pas être obligé de l'acheter, et ensuite parce qu'on pense au pris en France d'une réparation d'urgence un dimanche après 17h. Enfin, une heure et demie et 30000 kips plus tard (moins de 30 francs, donc), nous repartons à 60km/h (miracle !) et rentrons à Vientiane où nous rendons la moto pleine de boue (ça cache un peu la soudure...) sans aucun problème. Je ne sais pas pourquoi, ce soir-là, Ramsès ne m'a pas parlé de refaire  le Laos en moto du nord au sud juste tous les deux... 

La politique ouverte du pays :

Nous nous promenions en fin d'après-midi sur les bords du Mékong lorsque nous vîmes arriver trois blancs armés d'une banderole du "transnational radical party". Sans bruit, ils tenaient leur banderole et l'un d'entre eux distribuaient des tracts. Nous ne nous en sommes pas mêlés, on était quand même en pays communiste. Quelques minutes plus tard, 150 policiers sont arrivés, ont récupéré tous les tracts. Les trois manifestants, qui se sont sauvés, ont été arrêtés et sont toujours en prison. Nous, on a été interrogé par un flic en civil qui parlait français, qui nous a demandé 15 fois si on les connaissait et si on ne les avait pas pris en photo. Il nous a bien expliqué que le Laos était un pays libre et ouvert et que ces hommes étaient des malfaiteurs, et nous avons bien approuvé, nous ne voulions pas gâcher nos vacances ! Le plus drôle, c'est que de retour ici, nous sommes allés voir sur le net ce qu'était que ce parti, et nous avons trouvé une photo de la manif avec Ramsès dessus !

Au programme d'aujourd'hui : la Gay-pride, 3ème du nom à BKK.

Bises à tous.

L. & R.