Quelques articles sur la grippe aviaire.

 

La Thaïlande dément cacher des cas de grippe aviaire

(le Monde, 22 / 01 / 04)

Le gouvernement thaïlandais a démenti jeudi cacher des cas de grippe aviaire, laquelle est responsable de la mort d'au moins cinq personnes au Vietnam.

Citant des sources médicales anonymes, le journal anglophone Nation a affirmé que plusieurs Thaïlandais étaient décédés de la "grippe du poulet" mais que les autorités sanitaires craignaient d'en parler en raison du silence imposé par le gouvernement.

"Nous n'avons rien à cacher", a répliqué la ministre de la santé, Sudarat Keyuraphan, sur les ondes d'une radio thaïlandaise. "En ce moment, j'aimerais demander à chacun de ne pas croire les rumeurs car nous respectons les consignes du premier ministre qui nous demande de gérer tout cela avec transparence", a-t-elle insisté.

La ministre a indiqué mercredi que trois Thaïlandais étaient en cours d'examen pour une possible contamination par la grippe aviaire. Un sénateur indépendant, également médecin, Nirun Phitakwagchara, a affirmé à Reuters qu'un examen de laboratoire avait confirmé qu'un Thaïlandais de 7 ans avait contracté la maladie dans la province de Suphanburi, à une centaine de kilomètres au nord de Bangkok.

"L'examen du laboratoire a montré que le garçon actuellement soigné dans un hôpital de la province de Suphanburi a contracté la grippe aviaire H5N1", a-t-il déclaré. "Je tiens cette information d'une source fiable, mais je ne peux pas la citer". L'hôpital a refusé de commenter cette affirmation. Les victimes de ce type de grippe aviaire au Vietnam ont apparemment toutes contracté le virus en mangeant des poulets contaminés.

Certains experts s'inquiètent cependant de la possibilité d'une combinaison de la grippe du poulet avec un virus de la grippe humaine classique.

Le ministère japonais de l'agriculture a indiqué jeudi qu'il suspendrait les importations de poulet thaïlandais si un cas de grippe aviaire était confirmé en Thaïlande. "Aucune décision n'a été prise (...). Tout ce que l'on peut dire pour le moment, c'est que nous examinons la situation (en Thaïlande)", a déclaré une responsable du ministère.

UN VACCIN SERA TESTÉ

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé jeudi qu'un vaccin protégeant l'homme de la grippe aviaire pourrait être prochainement soumis à des tests cliniques.

"Des prototypes de virus pour une production du vaccin sont en train d'être préparés dans le réseau grippe mondial de l'OMS", qui doivent ensuite servir à la fabrication du vaccin, a déclaré le centre régional de l'OMS en Asie, situé à Manille.

Il a précisé qu'un prototype viral pourrait être disponible pour l'industrie pharmaceutique dans "environ quatre semaines" mais que d'autres étapes étaient nécessaires avant qu'un vaccin puisse être utilisé par l'homme.

L'OMS a expliqué craindre de plus en plus une mutation du virus lui permettant de se transmettre de l'homme à l'homme et plus seulement de l'oiseau à l'homme, ce qui le rendrait beaucoup plus contagieux.

L'OMS a précisé que des laboratoires de Hongkong et japonais avaient isolés le virus de spécimens obtenu de deux cas mortels au Vietnam.

L'organisation offre son aide pour la coordination des essais cliniques nécessaires pour déterminer la quantité de vaccin et de doses nécessaires pour protéger les populations et différents groupes d'âge, poursuit un communiqué.

Les épidémies actuelles en Asie sont les premières au Japon depuis 1925 et les premières jamais enregistrées au Vietnam et en Corée du Sud, selon l'OMS.

 

L'épidémie de grippe aviaire continue sa progression dans le Sud-Est asiatique

(le Monde, 24 / 01 / 04)

L'OMS signale une sixième victime au Vietnam et l'Union européenne interdit l'importation des viandes en provenance de Thaïlande.

Les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont annoncé, samedi 24 janvier, que l'épidémie de grippe aviaire (ou grippe du poulet) avait fait une sixième victime au Vietnam. Il s'agit d'un enfant de 13 ans habitant Ho-Chi-Minh-Ville, où une fillette de huit ans, elle aussi infectée par le virus, se trouve dans un état grave. Il s'agit des deux premiers cas humains diagnostiqués dans le sud du pays, les cinq premiers décès (quatre enfants et un adulte) dus au virus de la grippe du poulet ayant été recensés dans le nord du Vietnam. Selon les autorités sanitaires locales l'épidémie aviaire touche désormais 24 des 64 provinces du pays. Au total 3,2 millions de poulets sont morts de la maladie ou ont été abattus à titre préventif.

Outre le Vietnam, l'épidémie de grippe aviaire affecte le Japon, la Corée du Sud et la Thaïlande, où plusieurs cas de contamination humaine sont fortement suspectés. Les autorités thaïlandaises, qui avaient longtemps nié l'existence de la maladie dans leur pays, reconnaissent aujourd'hui la gravité de la réalité épidémiologique. Bangkok s'est engagé à tout mettre en œuvre pour organiser la lutte contre une maladie qui affecte un secteur important de l'économie, la Thaïlande étant le quatrième exportateur mondial de viandes de poulet et le premier exportateur d'Asie.

Au titre du principe de précaution l'Union européenne a annoncé, vendredi, qu'elle suspendait "avec effet immédiat" toutes importations de viandes et préparations alimentaires de volaille en provenance de Thaïlande. Cette décision a été prise en urgence sur proposition du commissaire européen à la santé et la protection des consommateurs, David Byrne, actuellement en voyage en Thaïlande.

L'épidémie en progression dans le Sud-Est asiatique est due à un virus de la grippe de type H5N1. Ce dernier est similaire à celui qui fut à l'origine, en 1997 à Hongkong, d'une épidémie ayant fait sept victimes. Cette épidémie avait fait l'objet d'une alerte sanitaire internationale sans précédent compte tenu du risque majeur que représente la contamination de l'espèce humaine par ce type d'agent infectieux, potentiellement mortel et contre lequel on ne dispose d'aucun traitement curatif ou préventif. En 1997, l'épidémie n'avait pu être contenue que grâce à une intense mobilisation internationale et à la mise en œuvre d'une politique drastique d'abattage, à Hongkong et dans la région, de dizaines de millions d'oiseaux d'élevage.

On sait aujourd'hui que les incessantes mutations génétiques des virus grippaux affectant les animaux et les hommes constituent une menace majeure pour la santé publique. Responsable de 25 millions de morts dans les années 1920, la pandémie de la "grippe espagnole" a démontré l'ampleur de la menace que constitue l'apparition de nouveaux virus grippaux. "Nous sommes à un moment critique de la lutte contre cette épidémie sans précédent, estime le professeur Jean-Claude Manuguerra, responsable du centre de référence pour les virus grippaux à l'Institut Pasteur de Paris. C'est la première fois que nous sommes confrontés à une épidémie de ce type, incluant des contaminations humaines, avec différents foyers et sur un espace géographique aussi large. Nous ne sommes plus dans la configuration de Hongkong, où l'épidémie était relativement bien circonscrite. Désormais la question essentielle est celle de savoir si la politique d'abattage systématique et de destruction des animaux pouvant être porteurs du virus permettra, à court terme, d'obtenir une éradication. Si tel n'est pas le cas, tout laisse craindre que la situation sanitaire va malheureusement rapidement devenir de plus en plus difficile à maîtriser."

En France, après avoir consulté le Conseil supérieur d'hygiène publique, le ministère de la santé recommande aux personnes se rendant dans les pays touchés par l'épidémie de grippe aviaire d'éviter, durant leur séjour, tout contact avec les volailles et les porcs vivants. Il recommande aussi à ces voyageurs d'éviter tout contact avec une surface apparaissant souillée par des fientes de volailles ou des déjections d'animaux.

L'achat ou la détention d'animaux vivants provenant de ces pays - en particulier les oiseaux d'ornement - sont fortement déconseillés. Pour le ministère de la santé, il n'est pas utile de recommander une vaccination antigrippale aux personnes qui se rendent dans ces pays.

Jean-Yves Nau

 

 

Grippe aviaire : premier mort en Thaïlande, le Laos serait touché

(le Monde, 26 / 01 / 04)

La grippe aviaire a fait son premier mort dans la population thaïlandaise, alors que l'épidémie paraissait avoir gagné le Laos et refaire surface en Corée du Sud, ce qui porterait à huit le nombre de pays touchés en Asie, selon les informations publiées lundi.

La Thaïlande, où l'épidémie s'étend à huit nouvelles provinces, est devenue le deuxième pays où la grippe du poulet fait des morts chez l'homme, après le Vietnam et ses six décès. Elle compte également au moins trois malades, selon les autorités. Cinq autres pays asiatiques - Indonésie, Cambodge, Corée du Sud, Japon, Taïwan - ont enregistré des foyers ayant touché les poulets mais pas la population.

Un responsable de l'ONU a ajouté que le Laos avait sans doute lui aussi été contaminé et s'apprêtait à l'annoncer officiellement après la mort de milliers de poulets. Dimanche, l'Indonésie avait reconnu être infectée après de premières dénégations.

En Thaïlande, un garçon de six ans mort à Bangkok dimanche soir est l'un de deux enfants contaminés dont le gouvernement avait fait état vendredi, révélant pour la première fois la présence de la grippe aviaire dans le pays, où de nombreux élevages ont été décimés depuis novembre.

"Un enfant de (la province de) Kanchanaburi qui était hospitalisé à Bangkok est mort hier soir", a annoncé le ministre de la santé, Mme Sudarat Keyuraphan. "Son état s'était rapidement aggravé une fois qu'il a été contaminé", a-t-elle précisé. Elle a reconnu que trois autres patients étaient porteurs du virus et qu'il y avait d'autres cas suspects. Les malades sont un garçon de 7 ans, une fillette de 10 ans et une femme de 58 ans, tous de la province centrale de Suphan Buri. Il n'a pas encore été établi si un homme mort vendredi avec les symptômes était décédé de la grippe aviaire.

Le ministre de l'agriculture thaïlandais, Somsak Thepsuthin, a annoncé lundi que le virus avait été décelé dans des élevages de huit nouvelles provinces, portant le total à dix. Jusqu'à présent seules les deux provinces centrales de Suphan Buri et Kanchanaburi étaient officiellement contaminées.

Près de 11 millions de poulets ont été décimés ou détruits en Thaïlande depuis novembre 2003 dans 24 des 76 provinces du pays, premier exportateur d'Asie mais qui a vu ses marchés extérieurs se fermer en quelques jours.

LE LAOS AUSSI CONTAMINÉ

Le Laos est suspecté d'être lui aussi concerné par la grippe aviaire et va devoir l'admettre publiquement très prochainement, face à la mort de "milliers de poulets", a déclaré lundi un responsable des Nations unies sous couvert de l'anonymat. "Jusqu'à vendredi dernier, le ministère de l'agriculture parlait de choléra, mais maintenant ils doivent admettre que c'est le virus du poulet", a-t-il ajouté.

Mercredi dernier, la presse officielle avait indiqué que 400 poulets d'une ferme proche de la capitale, Vientiane, étaient morts, mais elle avait exclu la possibilité de la grippe aviaire. Enfin, un nouveau foyer suspect a été signalé en Corée du Sud après une trêve de deux semaines, ont déclaré lundi les autorités sanitaires.

Une zone de quarantaine a été mise en place autour d'un élevage de Cheonan, à 90 km au sud de Séoul, où des milliers de poulets sont morts la semaine dernière. Des tests sont effectués alors que la maladie a touché 16 régions de Corée du Sud, entraînant l'abattage de près de deux millions de volailles depuis l'apparition du virus le 15 décembre. Aucun nouveau foyer n'avait été signalé depuis le 14 janvier.

 

 

La peste des oiseaux pourrait atteindre l'espèce humaine
LE MONDE | 29.01.04 | 13h43
L'Organisation mondiale de la santé redoute que l'épizootie sans précédent de grippe aviaire qui sévit en Asie ne provoque une pandémie. Les virologues n'excluent plus cette hypothèse depuis la démonstration, en 1997 à Hongkong, d'une transmission directe à l'homme.

L'hypothèse a, publiquement, été soulevée mardi 27 janvier par plusieurs hauts responsables de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : l'épizootie de grippe - ou peste - aviaire qui touche désormais une dizaine de pays asiatiques pourrait évoluer vers une catastrophe sanitaire mondiale et de gravité exceptionnelle. Une pandémie virale du même ordre que la grippe dite "espagnole" qui, à la fin de la deuxième décennie du XXe siècle, fit environ vingt millions de morts. Pour la communauté internationale des spécialistes de virologie, cette hypothèse n'a, malheureusement, rien d'invraisemblable.

De telles pandémies ont été décrites depuis le XVIe siècle. Au siècle passé, elles sont survenues à trois reprises, avec, outre la grippe "espagnole", la grippe "asiatique" (1957) et la grippe "de Hongkong" (1968), dernier épisode en date. Les virologues estiment aujourd'hui que la périodicité maximale de ces vagues de pandémies grippales est comprise entre quarante et cinquante ans. Ils expliquent chaque année, au moment de l'approche de l'épidémie hivernale de grippe, que l'on se rapproche de l'instant où une nouvelle souche du virus à diffusion fulgurante ne permettra pas d'organiser une parade vaccinale préventive.

Pourquoi et comment cet agent pathogène évolue-t-il de la sorte au point de représenter, en quelques semaines, une menace planétaire ? Les progrès accomplis depuis une dizaine d'années en microbiologie moléculaire et en écologie virologique animale et humaine fournissent aujourd'hui des éléments de réponse.

"La théorie couramment admise pour expliquer l'émergence des virus pandémiques repose sur la transmission à l'homme de souches d'influenzavirus circulant normalement chez les oiseaux. Différents mécanismes de transmission directe ou faisant appel à une autre espèce animale hôte peuvent jouer le rôle d'intermédiaires entre les oiseaux et les hommes", rappelle un groupe d'experts présidé par Nicolas Eterradossi (unité de virologie immunologie et parasitologie aviaire, site de Ploufragan dans les Côtes-d'Armor), réunis en 2002 sous l'égide de l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssa).

"HAUTEMENT PATHOGÈNES"

Ce sont les virus de la grippe (ou influenzavirus) de type A qui constituent l'essentiel de la menace. Isolés pour la première fois il y a soixante-dix ans, on les a, depuis, retrouvés dans plusieurs espèces de mammifères, mais aussi dans de très nombreuses espèces d'oiseaux, qu'ils soient sauvages, d'élevage ou d'ornement. "Chez les oiseaux, et en particulier chez les volailles domestiques, des mutations virales susceptibles d'affecter certains influenzavirus peuvent conduire à l'émergence de virus dits "hautement pathogènes", qui peuvent induire jusqu'à 100 % de mortalité chez les volailles infectées", précisent les experts de l'Afssa.

Une vingtaine d'épizooties de ce type ont, depuis 1959, été observées à travers le monde. Elles ont pu être efficacement combattues à l'aide de mesures rapides et drastiques d'abattage des lots de volailles infectées, mais aussi susceptibles de le devenir. La situation devait radicalement changer lorsqu'il fut découvert, en 1997 à Hongkong, que l'agent pathogène responsable d'une telle épizootie pouvait se transmettre directement à l'homme. On recensa alors chez des enfants, des adolescents et de jeunes adultes dix-huit cas de contamination humaine, parmi lesquels six furent mortels.

Avant l'épisode de Hongkong, tout laissait penser que, pour infecter l'homme, le virus grippal aviaire devait passer par l'intermédiaire d'un mammifère - le porc surtout, mais peut-être le cheval et des mammifères marins -, chez lequel se produisent des modifications génétiques et structurelles lui permettant, ensuite, d'infecter l'espèce humaine. A Hongkong la démonstration fut faite. Un virus grippal jusqu'alors inconnu chez l'homme a contaminé ce dernier sans passer par une espèce intermédiaire.

"CUL-DE-SAC"

Pour les autorités sanitaires, deux questions essentielles se posent, comme l'explique Sylvie van der Werf, chef de l'unité de génétique moléculaire des virus respiratoires à l'Institut Pasteur de Paris, dans un éditorial de la revue Virologie de mars-avril 1998. Cette transmission virale directe de l'oiseau à l'homme n'est-elle qu'un "cul-de-sac" épidémiologique, le virus ne trouvant pas, chez les personnes infectées, les moyens de muter pour contaminer d'autres cibles humaines ? Faut-il, au contraire, voir dans cette transmission les prémices d'une nouvelle pandémie similaire aux trois précédentes du XXe siècle ?

Ces questions sont soulevées de façon plus aiguë par la situation actuelle en Asie. "L'émergence d'un virus adapté à l'homme se traduirait par une situation épidémique explosive qui, compte tenu des échanges internationaux et des moyens de transport, atteindrait rapidement une dimension planétaire", prévenait, en 1998, Mme van der Werf. Un propos pleinement d'actualité.

Jean-Yves Nau

 

La grippe aviaire pourrait provoquer une pandémie humaine

(le monde 02 / 02 / 04)

L'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a évoqué pour la première fois, dimanche 1er février, la possibilité de deux cas de transmission interhumaine du virus pathogène de la "grippe du poulet". Au Vietnam, deux sœurs d'une victime de l'épidémie, qui ne semblent pas avoir elles-mêmes été en contact avec des volailles contaminées, sont décédées. Après avoir franchi la barrière des espèces, en tuant douze personnes dans l'Asie du Sud-Est, l'épizootie menacerait ainsi des millions d'êtres humains, éleveurs de poulets ou vivant en promiscuité avec des volailles infectées.

Les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont évoqué pour la première fois, dimanche 1er février, la possibilité d'un cas de transmission interhumaine du virus responsable de l'épidémie de grippe aviaire qui sévit depuis plusieurs semaines dans le sud-est de l'Asie. Cette transmission concernerait deux jeunes femmes vivant dans la province de Thai Binh, au nord du Vietnam. Elles auraient été contaminées par leur frère, qui s'était infecté au contact d'oiseaux d'élevage. Les trois personnes sont décédées des suites de la maladie.

"L'enquête épidémiologique n'a pas, dans ce cas, identifié d'événement spécifique comme un contact avec un poulet malade ou avec une source environnementale pour expliquer ces contaminations, a précisé l'OMS. Une transmission limitée d'humain à humain est une explication possible." L'organisation internationale fait toutefois preuve de la plus grande prudence, soulignant qu'elle ne pourra sans doute jamais infirmer ou confirmer l'hypothèse qu'elle avance.

L'OMS avait déjà expliqué, mardi 27 janvier, qu'on pourrait redouter, si le virus grippal aviaire - de type H5N1 - parvenait d'une manière ou d'une autre à modifier sa structure génétique et à trouver la voie d'une contamination interhumaine, l'émergence d'une pandémie capable de tuer des millions de personnes. Deux nouveaux décès ont été annoncés, les dimanche 1er et lundi 2 février, l'un au Vietnam, l'autre en Thaïlande. Pour l'heure, l'épidémie a fait, officiellement, douze morts dans ces deux pays.

Un autre facteur d'inquiétude a été relevé, dimanche, par des experts de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), selon laquelle, toujours au Vietnam, des cochons auraient été contaminés par le virus H5N1.-Selon le témoignage d'un expert international, trois fermes du sud du pays ont signalé des cas de porcs mourant très rapidement, sans qu'un diagnostic précis ait pu être apporté. Selon Bui Quang Anh, directeur du département vétérinaire du ministère vietnamien de l'agriculture, l'épidémie de peste aviaire est sur le point de toucher l'ensemble du pays. En dépit des mesures prises d'abattage et de destruction des volailles des élevages infectés, 41 des 64 provinces vietnamiennes sont désormais touchées.

Parallèlement, l'épizootie prend rapidement de l'ampleur en Chine où le nombre des provinces touchées ne cesse d'augmenter. En Thaïlande, quatre nouvelles provinces sont désormais concernées, portant le nombre-des régions contaminées à 36 sur 76, dont la capitale Bangkok et le sud densément peuplé du pays.

CONFÉRENCE À ROME

Face à la menace grandissante, les autorités dans tous les pays asiatiques concernés accélèrent les procédures d'abattage. On estime que 33 millions de volailles sur le continent ont été abattues, dont 18,4 millions de volailles en Thaïlande et 8 millions au Vietnam. Le chiffre exact n'est pas connu pour la Chine.

Ces abattages massifs suscitent d'ores et déjà l'inquiétude des experts qui redoutent que, en l'absence de précautions et de mesures élémentaires d'hygiène, de nouvelles contaminations humaines puissent se produire. L'OMS a annoncé, dimanche, avoir envoyé deux experts en Chine qui auront pour tâche de "superviser le processus" afin que les personnes chargées d'abattre et de détruire les volailles ne soient pas contaminées.

Par ailleurs, une importante rencontre internationale est prévue, du 3 au 5 février à Rome, sous l'égide de l'OMS, de la FAO et de l'Office international des épizooties (OIE). Les meilleurs experts internationaux de la grippe aviaire participeront à cette rencontre qui a pour but de définir les actions prioritaires qui devront, en urgence, être mises en œuvre dans les dix pays asiatiques frappés par l'épidémie.

Jean-Yves Nau

L'épizootie de grippe aviaire est terminée

(le Monde, 17 / 03 / 03)

L'épizootie de grippe aviaire est terminée, a indiqué, mardi 16 mars, le ministère chinois de l'agriculture. « Le pays a éradiqué la totalité des 49 foyers initialement confirmés », a déclaré son porte-parole. Il a néanmoins souligné que les risques d'une reprise de la maladie n'étaient pas écartés. En Thaïlande, les autorités viennent par ailleurs d'annoncer qu'une huitième victime, une femme, est morte des suites de la maladie.

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